A Mennecy, Hélène Deluce coud des costumes historiques

Le Parisien : Des années d’apprentissage pour apprendre à travailler le verre, le bois, le cuir, des pierres rares… Plus de 200 professions sont classées « métiers d’art ». Tout au long de cette semaine, nous vous présenterons ces artisans. Aujourd’hui, Hélène Deluce, couturière.

« Refaire la robe de la reine d’Angleterre me démangeait depuis longtemps » avoue Hélène Deluce, de Mennecy, couturière de costumes historiques, devant sa petite reproduction d’une robe blanche à rubans vert, ornée de perles et de brillants, selon un modèle de la reine Elisabeth.

 Mais la passionnée des aiguilles confectionne surtout des costumes sur mesure, tels qu’ils étaient portés du Moyen Âge à 1900.

« Je ne mets jamais de fermeture car ça n’existait pas ! »

Des anciennes vies qui comblent sa nouvelle, puisque Hélène Deluce a lancé son activité de location et vente (de 500 € à 3 500€) de costumes il y a 3 ans, une reconversion après avoir été électronicienne pendant 23 ans. « Je couds depuis que j’ai 20 ans, pour mon confort personnel, raconte-t-elle. Puis, par économie, j’ai cousu les shorts et robes d’été de mes enfants ». Des enfants qui ont tracé le patron vers les habits historiques. « Après la visite d’une Abbaye en costumes, ma fille de 4 ans m’a dit maman, je veux la même robe. Je la lui ai faite et elle a porté tout l’été. L’année suivante, rebelote… » raconte la pro de la pelote, qui se lance ensuite dans la création d’une robe « Pompadour » à faux-cul aux motifs de feuilles de chêne. « De déguisements, c’est devenu des costumes historiques. J’ai fait des recherches dans les tableaux, les livres de gravures anciennes, les récits… Plus ça allait, plus c’était sophistiqué. J’arrive maintenant à reproduire des vêtements qui se rapprochent de la réalité. Et je ne mets pas de fermeture éclair, car ça n’existait pas ! », s’exclame Hélène Deluce, entourée de dizaines de boîtes de boutons, galons et autres rubans.

 Ce qui l’amuse ? « Les us et coutumes, les mœurs d’avant, qui aident à comprendre la forme des vêtements, gardés  parfois toute une vie en les rafistolant. Ils devaient pouvoir subir à la fois le corps très maigre et très gros, pour  s’adapter aux revers de fortune et aux grossesses, assure-t-elle. Les anciens avaient des astuces, comme la robe de jour  qui devenait robe du soir grâce à des accessoires. Ou les volants usés en bas des robes Pompadour qui étaient décousus  et changés. Quand ils ne pouvaient pas coudre, ils collaient ou épinglaient directement des tissus, comme au Moyen Âge  en rajoutant des manches longues. » Une période qu’elle affectionne puisqu’elle animera en mai un atelier au parc  France Miniature (Yvelines) où seront cousus « côtes » et « surcôtes » en lin et laine à lacets. Loin des robes  froufroutantes qui « servaient à montrer socialement que son mari avait de l’argent » rappelle celle qui aime aussi créer  des robes fastueuses façon Louis XIV et Louis XV, au « panier ovale », gonflant le jupon sur les côtés.

 Pour une de ces robes, elle a passé 300 heures à broder des  fleurs dans des médaillons de ruban selon le motif de  porcelaines. Autant pour une autre couverte de perles et ficelles  d’or.Pour une pièce de théâtre, elle a créé une crinoline, jupon  rond avec des cerceaux, d’1 m de diamètre nécessitant 10 m de  tissu bleu fleuri. Pour un spectacle équestre, Hélène Deluce a  reproduit un costume d’amazone de 1850 qui couvrait jusqu’à  la croupe du cheval. « J’ai dû plomber le bas de la robe pour ne  pas que la cavalière s’envole avec ! »

Isoline Fontaine (Le Parisien, 28 avril 2015)

 

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